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Je suis Rémi. Je ne suis pas Charlie.

par Emeline Eudes, Dr en esthétique, sciences et technologies des arts, Paris 8

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Je ne peux pas rester sans m’exprimer face au manque de distinction de mes concitoyens, voire parfois de mes propres amis. Cela m’en est d’autant plus choquant. 
3,3 millions (selon l’AFP) de personnes dans la rue manifestant sous l’enseigne ‘Je suis Charlie’,   applaudissant par salves et chantant la Marseillaise, chant appelant au sang et à la violence s’il en   est. Ils croient défendre là, à la face du monde, la liberté d’expression. Mais qu’en savent-ils de la   liberté d’expression ? Que font-ils au quotidien pour la faire respecter ? L’exercent-ils au moins ? Car   l’exercer c’est faire qu’elle existe, qu’elle soit une réalité. 
Il y a moins de 3 mois, dans la nuit du 25 au 26 octobre 2014 mourrait Rémi Fraisse, tué par une   grenade offensive lancée par un gendarme français. Tué par une arme militaire pour avoir osé   manifester son mécontentement et son incompréhension vis-à-vis de la construction du barrage de Sivens, dans le Tarn. Il avait 21 ans et il est mort en défendant la liberté d’expression avec pour seule   arme son corps.
Combien étaient dans la rue pour signifier leur soutien à la liberté d’expression à ce moment là ? Alors   même que notre gouvernement français, socialiste de surcroît, utilisait des moyens guerriers – tirs de   flash-ball, grenades offensives, surnombre des forces de l’ordre par rapport au nombre de manifestants   – pour lancer l’offensive contre ses propres citoyens, qui ne disposaient, eux, que de pierres pour faire   face à la violence de l’État. Personne, si ce n’est quelques poignées de téméraires, convaincus que la   défense de l’environnement devrait avoir droit de cité sur l’agenda politique, pour braver les dizaines   de cars de CRS mobilisés partout sur le territoire dès qu’une manifestation de soutien à la famille de   Rémi s’annonce quelque part. Des cars entiers de CRS et quelques manifestants parfois appréhendés   directement chez eux, avant même qu’ils ne sortent, voilà la réponse de l’État français, et du peuple   français qui cosigne par son absence, à la défense du droit à s’exprimer.  Et s’il fallait encore une preuve de la fermeté de la violence avec laquelle l’État a géré cette situation,   les mots du « lieutenant-colonel L., commandant du groupement tactique gendarmerie (GTG) entendu   dès lundi 27 octobre à 4h30 » sont sans appel : « Le préfet du Tarn […] nous avait demandé de faire   preuve d’une extrême fermeté vis-à-vis des opposants par rapport à toutes formes de violences envers les forces de l’ordre. » 1
‘L’extrême fermeté’ a frappé fort, très fort, ce soir là, pour un jeune Français dont le seul crime était   d’être présent sur un site dont la transformation massive, à l’échelle du paysage, s’avère largement   irrationnelle et surtout, opérée dans une opacité totale. 

Mais ce qui me rend encore plus triste aujourd’hui, après ce dimanche 11 janvier 2015, c’est d’avoir   vu ces millions de Français défiler sans réfléchir une seconde que la file de politiciens qu’ils suivaient,   fièrement positionnée en début de cortège, est la même qui quelques mois plus tôt n’hésitait pas à   déployer des moyens militaires de répression face à des concitoyens qui tentaient vainement d’attirer l’attention sur un grave problème national. 
Comment peut-on alors prendre au sérieux cette mobilisation soudaine, qui semble davantage reposer   sur la peur de l’autre, la peur du différent ou de l’étranger, en ces temps de nationalisme archaïque sur   le retour, plutôt que sur une comparaison rationnelle des événements récents ? Dimanche dernier, j’ai   vu des gens céder à la facilité, se sentir concernés parce que le mot ‘Islam’ apparaissait au cœur du   problème, tandis que celui d’écologie ou d’environnement ne mobilise personne. Même lorsqu’un de   nos citoyens, issu d’une jeune génération qui devra faire face à de sérieuses difficultés en matière de vie quotidienne, le paye de sa vie. 

Je ne souhaite en aucun cas minimiser les morts liées à l’attaque de Charlie Hebdo.
Je regrette simplement qu’une telle mobilisation n’ait pas été aussi une évidence pour les Français lors   de la mort de Rémi Fraisse.
Et j’aimerais surtout, par cette lettre ouverte aux élus et au gouvernement, leur signifier que dans cette   guerre des images, ils auront beau s’afficher en défenseurs d’un certain héritage historique et culturel   lié aux Droits de l’Homme, nous n’en n’oublierons pas pour autant leurs faits et gestes destructeurs   par ailleurs.

 

1 : Citations issues de l’article Rémi Fraisse : le récit du gendarme qui a lancé la grenade, Le Monde.fr | 1  15.11.2014 à 12h15

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