> Les motivations des guérilleros :
Le concept de planter des arbres, des légumes ou des fleurs sans stratégie globale peut sembler puéril lorsqu'on connaît l'ampleur des problématiques environnementales, la gravité de la situation planétaire. Mais la guérilla gardening laisse à faire réfléchir nombre de sceptiques. A Paris, Lyon, Strasbourg, Nantes, Marseille et dans bien d'autres villes nous sommes fermement convaincu de la validité de la démarche et nous vous présentons sur ce site quelques aspects du mouvement.
Effectivement la guérilla gardening est comme un organisme vivant, toujours en mouvement, éternellement en dispersion, telle une plante qui dissémine ses graines dans le jardin voisin, dans la rue voisine, dans la ville voisine, dans le pays voisin.
A chaque époque, de nouvelles guérillas apparaissent sous des formes originales, dont les caractéristiques varient au gré des motivations et des convictions de leurs partisans. A travers les pages web de ce site, vous pouvez retrouver les aspirations et les actions menées par les guérillas de France.
«J'ai été très surpris par le résultat de mes recherches, dit le résidant de Vancouver, lui-même jardinier émérite. Au départ, je voyais le guérillero comme un jeune un peu anarchiste, fatalement de gauche, avec un bandana. C'est ça et plus encore. Il y a des professeurs d'université, des ingénieurs et des docteurs, des gens de toutes les classes sociales. Ce qui les réunit, c'est l'amour du jardinage et le désir de le sortir de leur terrain. Il n'y a pas de président — un des bons côtés —, pas de code, de poignée de main secrète, de cordon violet pour vous empêcher de passer. Tout le monde peut devenir un guérillero, c'est l'autonomie en vert. La plupart des gens ne connaissent même pas le terme de guérilla gardening.» Vancouver.
Une professeur de yoga à Bombay plante des arbres pour la méditation, un cycliste allemand sème des bulbes dans les haies le long de son parcours, à San Diego, un conducteur jette à la volée des graines sur le bord de la route, un enfant crache des noyaux d'abricots sur le chemin de l'école et voit pousser les fruits de sa semence, tous ces gestes de par le monde, si modestes et simples soient-ils, participent au mouvement de la guérilla gardening.
Ce qui nous pousse à l'action
"Les origines de la guérilla gardening" que nous vous présentons sur le site, ont fortement inspiré le mouvement actuel.
Verdir

Certains sont bercés par l'envie de voir leur ville submergée de fleurs, d'autres se satisfont d'une fleur poussée entre les pavés, d'autres le font pour dénoncer un paysage banalisé, d'autres encore aimeraient créer des jardins communautaires ouverts à tous, etc.
Tous ces jardiniers de fortune sillonnent la ville à l'affût de lopins de terre en friches, d'espaces délaissés qu'ils se mettent à cultiver, sans raison apparente, simplement pour offrir des soupçons de verdure dans cet univers minéralisé et déposer ainsi un peu de plaisir dans les yeux des passants.

S'alimenter

Les vrais guérilleros sont ceux qui plantent dans des terrains qui ne leurs appartiennent pas, dans le seul but de se nourrir. C'est un combat pour la subsistance qui dépasse l'idée de guérilla gardening, il n'y a pas le moindre engagement militant.
Dans ce sens, il est important de réfléchir à une nouvelle approche de la consommation.
En effet, les cultures maraîchères s’éloignent de plus en plus de la ville, lieu de consommation, les coûts excédentaires de transport et de conditionnement se répercutent sur le prix de vente, rendant ces ressources abordables pour de moins en moins de personnes.
Afin d’enrayer cette inégalité croissante, la réintroduction de l’horticulture urbaine et périurbaine, base de la ville verte, pourrait garantir aux populations citadines un accès à une alimentation sûre et de meilleure qualité nutritive. De fait, l’horticulture urbaine offre une alternative à la pauvreté en raison de ses faibles frais de démarrage, ses cycles de production courts et ses rendements élevés par rapport au temps de travail, à la superficie et aux besoins d’arrosage exigés. De plus, en activant ce marché de réseau court, cela permettrait à la fois de réduire les pollutions liées au transport, mais également aux agriculteurs de bénéficier de marges plus importantes, et permettrait aux populations de n'être plus dépendant des supermarchés qui sont actuellement leurs seules sources de subsistance.
Si des efforts seront nécessaires pour orchestrer la réappropriation par l’organisation urbaine des pratiques horticoles, les bases sont déjà posées dans certaines régions.
Dans le monde, d’après la FAO, 130 millions de citadins en Afrique et 230 millions en Amérique latine pratiquent l'agriculture, et plus particulièrement l'horticulture, soit pour nourrir leurs familles, soit pour s’assurer des revenus sur la vente de leurs produits. Ces dix dernières années, une vingtaine de pays ont fait appel à la FAO afin que celle-ci leur fournisse des intrants et une formation à destination des jardiniers urbains à faible revenu. Dans le même esprit, des outils, des semences et une formation ont également été mis à disposition de plus de 30 pays en vue de la création de milliers de potagers scolaires, destinés à contrer la malnutrition infantile.
univers-neure.com
En total décalage avec cette réalité, le gazon est l'exemple même de l'aberration du fonctionnement de nos sociétés occidentales. Il a été calculé que la surface moyenne d'une pelouse d'une famille Américaine pouvait nourrir six personnes tout en gardant un espace d'agrément (foodnotlawns.com). De plus, les gazons demandent un entretien colossal (pétrole / électricité pour la tondeuse, temps en main d'œuvre, en eau et parfois en engrais / anti mousse...) ce qui en fait une végétation en contradiction avec la philosophie du guerillero. Cependant, certains gazons demandent peu d'entretiens et ont un aspect naturel appréciable si on les laisse pousser naturellement, ceux-ci ne sont donc pas des cibles prioritaires pour la guerilla gardening. A l'inverse, l'attaque des gazons municipaux est réalisée uniquement dans le but d'en dénoncer la pratique ou bien dans le seul cas où les délaissés urbains sont déjà entièrement occupés
Le plaisir de jardiner
C'est également un plaisir, voir pour certaines personnes, un remède que de faire pousser ses légumes. Les jardins potagers de guérilleros peuvent aussi devenir libres à la cueillette pour ne pas tomber à nouveau dans le schéma de la propriété privée.
"Vous vous promenez dans un quartier laid tous les jours, vous ne remarquez rien. Puis, un jour tu te réveilles et remarques quelque chose de magnifique qui est venu ici pendant la nuit. C'est ça ma révélation" Oppenheim Chicago
"Implanter un environnement campagnard peut toujours inciter un calme sacré, un esprit de profond respect dans l'esprit et le cœur de l'homme" Francis Place réformiste du 19ème siècle.
Redécouvrir la terre
Beaucoup de gens ne savent pas comment les légumes ou les fruits poussent, sur ou sous une plante? Dans la terre ou dans l'air? Sur quel type de sol cette plante pousse, comment évolue les plantes, comment se déplace t'elle ? Cette connaissance du milieu, des adventices, des sols, des lieux et de la biodiversité urbaine est aussi à découvrir !
Dans le monde actuel, l’enfant a de plus en plus ses sens muselés. L’apprentissage par le touché est devenu terrifiant et interdit alors qu’il était indispensable dans le passé. Apprendre à gouter les plantes, à être sensible aux griffures du branchage et ne pas avoir peur du contact avec la terre. Nous devons trouver les moyens pour atteindre les générations futures et leur donner la possibilité d’avoir de la terre sous les ongles dès leur jeunesse, car c'est uniquement en fréquentant la nature et la terre qu'ils pourront prendre conscience de leurs importances et qu'ils pourront les utiliser et les protéger le plus efficacement possible.
La cueillette comme le glanage sont des gestes simples qu'il faut également apprendre. Indiquer à son voisin où il peut récupérer les fruits tombés d'un arbre ou comment reconnaitre les "mauvaises herbes" comestibles accompagnent le mouvement de la guérilla gardening.
Que ce soit pour les philosophes ou les pédagogues, la rue a toujours représenté le milieu qu'il fallait fuir. Anisi, dès le XVIIè, des philosophes éducateurs comme Rousseau ne peuvent-ils imaginer de système éducatif abouti, raisonné, que le plus loin possible de la Ville et de ses fureurs. La Nature est perçue comme une force de régulation des tensions, de médiation au profit d'un mode éducatif à la fois réaliste et non directif. Du fait sont nait les centres d'éloignement, de rupture pour des séjours dans des centres éducatifs plus ou moins enfermés à la campagne.
Aujourd'hui il est temps d'éduquer à la Nature dans le coeur de nos villes !
Le travail de rue repose quant à lui sur une perception inverse du couple groupe/individu. Ici le groupe n'est pas synonyme d'empêchement, il est au contraaire ce qui autorise, ce qui légitimise le contact. L'enfant viendra d'autant plus facilement que le groupe est là pour l'y autoriser, plus encore pour l'encourager et le soutenir.
Ici, l'éducation à l'environnement ne se réduit pas à apprendre des "écogestes" et à respecter la nature pour que les riches puissent continuer à y passer leurs vacances ou pour éviter aux mairies de prendre soin de l'espace public...
C’est bien ce rapport à la terre qui disparaît et manque cruellement dans un monde de plus en plus urbanisé et virtualisé.
Ce que nous combattons
L'idée d'une nature bienfaisante, c'est un l'un des concepts que défend la guérilla gardening France. Nos plantes sont une sorte d'instrument de régénération d'un espace de vie abimé, mais également un instrument de protestation. Une revendication non violente contre la négligence de notre cadre urbain, un fait qui devrait être au cœur des questions de société et d'écologie.
La question de propriété
Une infime partie de la population possède à elle seule la quasi totalité de la planète terre, si nous partagions équitablement les terres cultivables nous pourrions chacun avoir 2000m2 de terre cultivable ! 2/3 des terres arables appartiennent seulement à 3% des propriétaires terriens.
La question de la propriété des terrains sur lesquels nous menons des actions rappelle des combats qui demeurent et dont il est important de rappeler: paysans sans terre, autonomie alimentaire, partage équitable des terres. La plupart d'entre nous vivons dans des cités et ne détenons pas de jardin. La guérilla gardening se bat contre la rareté de la terre, la destruction de l'environnement et le gaspillage d'opportunités.
Pour certains, cultiver sans permission est devenu un acte naturel, l'assimilation à un acte de rébellion n'y est pas présente. Pour d'autres, défier l'autorité semble indispensable pour ne pas rentrer dans la conformité...
La liberté d'expression
L'art urbain permet de laisser place à la créativité de chacun tout en faisant passer un message poétique ou de protestation. Nous le faisons avec des techniques naturelles et de manière à apporter de l'étonnement, des sourires aux gens.
Parfois, il se peut que le message interpelle le passant sur des sujets importants. Cet acte citoyen a pour but d'interroger les gens sur la question de la propriété visuelle qui nous interdit de nous exprimer, tandis que les murs austères et froids, parfois submergés par la publicité ne cessent de s'étendre. Les couleurs des fleurs et le feuillage des plantes ne seront jamais figés et privatisés !
La terre une ressource finie

Comme le disait Patrick Bouchain, architecte Français, lors d'une conférence sur les friches urbaines, si nous plantions des arbres dans des parcelles inutilisées, nous éviterions de les voir s'enfricher, nous offririons du travail pour les entretenir et nous pourrions couper les arbres avec les fruits financiers et des usages qui en suivent...
La production de ressource alimentaire est également une finalité extrêmement intéressante: avec un hectare en zone urbaine, une AMAP (Association pour le Maintiens d'une Agriculture Paysane) qui distribuerait des paniers de légumes, pourrait nourrir une cinquantaine de famille chaque semaine.
Combattre des dérives
Certains mélangent sans problèmes la guérilla gardening avec des projets commerciaux ou politiques. La "guérilla gardening paris" lutte contre ces abus. Elle dénonce la production des végétaux non naturels boostés aux hormones dans les pépinières, la création d'un paysage standardisé, la perte de lien végétal-urbain, le développement durable comme solution passe partout, etc.



Vous retrouverez, en vous baladant sur le site, différentes références d'impacts négatifs que nous combattons avec la GG. Plusieurs sujets, parfois privés, circulent également sur le forum GG Paris...













